Controverse sur l’implantation du site d'Alésia

A Alise-Sainte-Reine (Côte-d’Or), un « MuséoParc » vient d'ouvrir ses portes. Un espace  consacré à la bataille d'Alésia. Seulement voilà : est-ce au bon endroit ?  

le vendredi 11 mai 2012
 

Le conflit autour de la localisation d’Alésia (la fameuse bataille qui précipite la chute de Vercingétorix devant César, en 52 avant J.-C.) n’est pas prêt de s’éteindre. Au contraire même. Alors qu’un « MuséoParc » s’apprête à être inauguré en Côte-d’Or, de nombreuses voix s’élèvent pour stigmatiser une erreur historique majeure. Spécialisé dans les émissions d’histoire, Franck Ferrand (Europe 1, France 3) reconnaît volontiers le caractère « louable » du projet bourguignon – « la volonté de dynamiser le tissu touristique est réelle » – mais il note aussitôt que « l’objectivité interdit de considérer le site d’Alise-Sainte-Reine comme le théâtre d’Alésia ». Et de montrer à quel point les racines de ce débat sont importantes : « Cette bataille correspond à la domination définitive de Rome sur la Gaule. Elle signifie l’irruption de l’écriture dans cette région, un phénomène qui jette les fondations de l’Histoire. Dans ces conditions, il est trop grave de se tromper sur l’implantation d’un tel lieu. »
Aux côtés de Franck Ferrand (les « adversaires » d’Alise-Sainte-Reine ont organisé une conférence de presse cette semaine à Paris), Danielle Porte, enseignant-chercheur à la Sorbonne, présente de nombreux indices qui fragilisent la thèse de la Côte-d’Or : une superficie inférieure à 10 hectares bien incapable d’accueillir les légions romaines, un paysage (photos à l’appui) qui n’illustre en rien les observations de César dans ses Mémoires, un tracé illisible des camps et des fortifications… Parallèlement, l’architecte et polémologue François Chambon, qui a exploré le massif de Chaux-des-Crotenay, dans le Jura, insiste sur le poids de cette piste : « La technologie Lidar (un scanner utilisée par voie aérienne, généralement dans le cadre d’opérations militaires) nous a permis d’identifier des éléments d’architecture très probants. Quant à la topographie, elle coïncide de manière explicite avec les commentaires des Mémoires
Voilà pourquoi Frank Ferrand regrette que les pouvoirs publics ferment la porte à la moindre exploration du site jurassien, «alors que ces indices ne pourront être confirmés que par des fouilles». Au passage, il revient sur les nombreux épisodes passionnants de la guerre des Gaules, en indiquant qu’Alésia, «contrairement à une idée reçue, ne montre pas César à la poursuite de Vercingétorix : ce dernier dispose au contraire d’une véritable opportunité pour repousser définitivement son rival. »
En face, les « défenseurs » d’Alise-Sainte-Reine sont tout aussi fermes. Pour Yann Le Bohec, professeur émérite à la Sorbonne, le débat ne se pose même pas : « La toponymie nous apprend que le site s’appelait Alésia. Parallèlement, les fouilles ont permis d’exhumer des éléments concluants : remparts, armes, monnaies… Quant à la tactique, des espaces très importants situés à proximité permettaient d’accueillir les 100 000 hommes évoqués. A contrario, le caractère montagneux de Chaux-des-Crotenay interdit un tel déploiement. » Yann Le Bohec réfute parallèlement l’option stratégique du Jura : « Cela signifie que Vercingétorix se serait délibérément coupé de ses bases arrières implantées en Auvergne. Ce choix est difficilement compréhensible. »
Au MuséoParc enfin, il n’est pas question d’éluder la discussion : « L’expérience montre que les visiteurs veulent comprendre pourquoi cette polémique existe. Nous sommes très ouverts à l’organisation d’un colloque sur cette question de l’implantation d’Alésia. » Affaire à suivre… 

l’auteur
Frédéric de Monicault

Journaliste pigiste à Historia.

VOS COMMENTAIRES

Jean-Pierre BERTHET-LASTRAJOLI le mardi 05 juin 2012
 

Tous ceux qui suivent de près l'archéologie savent que ces polémiques sont monnaie courante au pays de la science dite exacte. Ce ne sont que des querelles de chapelle, la plupart du temps. Un arghéologue a poussé ses recherches dans une direction et refuse de reconnaître qu'il a fait fausse route.
Ainsi, j'ai lu un égyptologue français qui a écrit un ouvrage passionnant sur Akhénaton. Il soulève des hypothèses documentées qui semblent tenir la route. En tout cas, elles méritent d'être considérées comme un travail des plus sérieux.
Or, c'est en France qu'on trouve ses détracteurs les plus farouches, parmi les autres asavants qui refusent de reconnaître qu'un des leurs, sur ce point, les a surpassés. Ceci rappelle Jomard qui appuyait Young et méprisait Champollion.
Il en a toujours été ainsi. Dans une revue de vulgarisation égyptologique, j'avais eu l'occasion de faire un résumé d'une hypothèse qui plaçait le pays de Pount vers les Yémen. L'égyptologue de l'IFAO qui émettait cette idée, se basait sur des textes, le nom donné à la péninsule arabique, la navigation la plus aisée et sur les représentations animalières.
Son article initial de près de 70 pages tenait la route.
Ses collègues français n'ont pas manqué de revenir au vieilles lunes qui situent le pays de Pount en Afrique, ce qui est loin d'être démontré et repose simplement sur le fait qu'on veut faire des anciens Egyptiens de très mauvais navigateurs.
Nous dépensons de l'argent pour mener des fouilles dans des régions diverses du monde. Ne serait-il pas possible de mener des fouilles dignes de ce nom sur les deux sites retenus afin de crever l'abcès ? A moins que le doute ne profite aux deux sites...

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B. Lecomte le vendredi 18 mai 2012
 

Lire sur le sujet : "Alésia - Un village, un site, une bataille", de Jean-Louis Voisin (Editions de Bourgogne, 2012).

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