Qu'eche que vous lui voulez à Alégia ?

Aucun archéologue n'en doute : le site de la victoire de César est à Alise-Sainte-Reine en Côte d'Or.

le mardi 05 juin 2012
 

Dans l'aventure d'Astérix Le bouclier arverne, publié en 1968, nombre de personnages refusent de parler d'Alésia. L'un d'entre eux affirme même (avec l'accent Arverne) : "Nous ne chavons pas où ch'est, Alégia !". Voilà le seul intérêt du "débat" sur la situation géographique du site de la bataille d'Alésia qui s'est déroulée en 52 av. JC : fournir de la matière à des oeuvres de divertissement. Exactement comme les affirmations sur l'authenticité du Linceul de Turin ou comme celles qui contestent à Shakespeare la paternité de son théâtre.
Car, ne languissez pas plus longtemps, il n'y a pas de pot aux roses. En d'autres termes, "Alégia, nous chavons où ch'est" : à Alise-Sainte-Reine, en Côte d'Or. Et il n'y a jamais vraiment eu de doute pour les spécialistes. Depuis le Moyen-âge, la tradition historique plaçait là le site de la bataille! Sous l'égide de la "Commission de la topographie des Gaules", de premières fouilles ont été menées entre 1861 et 1865. Plus récemment, entre 1991 et 1997, Michel Reddé, de l'EPHE, et Siegmar von Schürbein, de l'Institut archéologique allemand, deux grands spécialistes de l'archéologie militaire de l'âge du Fer ont repris les études sur le terrain. Ces travaux ont établi que la plaine des Laumes avait été le théâtre d'un siège important au milieu du premier siècle avant notre ère : une armée romaine nombreuse y a assiégé une armée gauloise, retranché dans l'oppidum.
Fallait-il une preuve supplémentaire qu'il s'agissait bien de la bataille d'Alésia, et pas d'une autre bataille importante de la même époque dont l'histoire n'aurait pas gardé trace? On a trouvé, dans l'un des camps romains, une balle de fronde en plomb portant le nom de Labienus, l'un des principaux lieutenants de César. Les archéologues qui connaissent un tant soit peu la période n'ont donc aucune hésitation à reconnaître que, parmi les différentes hypothèses qui avaient fleuri dans les années 1850, celle d'Alise-Sainte-Reine, au-delà d'être la plus sensée, était aussi la bonne. Tous les résultats ont été publiés, d'abord en 2001 dans un Mémoire de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, puis en 2003 dans un ouvrage grand public.
De quoi faudrait-il alors débattre? Des pseudo-historiens et des Indiana Jones en peau de lapin prétendent envers et contre tout que la bataille se serait déroulée ailleurs. Pourquoi prêter attention à leur affirmations dénuées de fondement? Soit ils sont ignorants des questions dont-ils prétendent parler, soit ils sont de mauvaise foi. Vouloir débattre avec eux, c'est comme vouloir parler musique avec le barde Assurancetourix : sans issue.

l’auteur
Luc Allemand

Rédacteur en chef du magazine La Recherche.

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fusone Daniel le lundi 18 mai 2015
 

C'est du n'importe quoi !! 1) La topographie du local ne correspond à Alise en rien à la description de César !! 2) les fouilles de 1861/1863 ont été truquées car on y a trouvé que du Gaulois ou du prêt Gaulois alors que quelques année plus tard on y a trouvé une ville Gallo-Romaine !! 3) Après la bataille César part chez les Eduens , hors s'il part après , c'est que pendant il n'y était pas c' est l'évidence même !!

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Yannick Jaouen le dimanche 06 janvier 2013
 

Qu'on s'autorise à penser qu'un site appelé Alise assiégé par les romains au premier siècle puisse avoir été Alésia, je peux le comprendre: qu'on s'interdise toute autre hypothèse quand tant d'incohérences subsistent, c'est de la science? Comme l'écrit M. Christian Goudineau ( La Guerre des Gaules et l'archéologie. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 135e année, N. 4, 1991. pp. 641-653) "Reconnaissons-le tout net : à supposer que César n'eût pas écrit ses Commentaires et que nul auteur antique ne s'en fut inspiré, la recherche archéologique aurait été incapable d'imaginer qu'il s'était déroulé, entre 58 et 50 av. J.-C, une série d'expéditions militaires sur le territoire gaulois". Dans la mesure où les romains ont été quelque peu occupés, dans les années qui suivirent par les guerres civiles, hispaniques, africaine et alexandrines...est-il impossible qu'une opération militaire locale autour d'un bourg secondaire nommé Alisiia, loin des champs de bataille où se jouait l'avenir de Rome, soit passé à la trappe de l'histoire ? Mais bon, admettons, je ne suis même pas un pseudo Indiana Jones, juste quelqu'un qui sait lire, qui achète des livres, des journaux, des magasines, des revues...c'est dire si mon opinion ne mérite que votre mépris, M. Allemand. (ps la limite des 2000 caractère m'a obligé à saucissonner mon commentaire dont vous venez de lire la fin)

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Yannick Jaouen le dimanche 06 janvier 2013
 

Vous parlez des balles de fronde mais qu'est-ce que j'aimerais avoir entre les mains l'étude dûment documentée, avec de bonnes photos et des comparaisons avec d'autres balles qui permette d'affirmer que c'est bien T.LABI qui y est gravée: car sur la seule image trouvable, il faut vouloir lire un B pour ne pas y voir un R...quant au T... La toponymie ? Au premier siècle après JC, Alise s’appelait certainement Alisiia, C'était une belle bourgade gallo-romaine pleine de forgerons... Pour une citée dont la population est supposée être morte entre les lignes pour les uns, distribuées en esclavage pour les autres, 50 ans plus tôt, c'est bien.
Et l'étude Vidal-Petit de 2010 sur les ressources en eau ? Pour vous elle confirme aussi que c'est Alésia ? Elle y démontre que les Gaulois de l'oppidum n'y aurait disposé, au maximum, en exploitant toute la ressource disponible sans en perdre une goutte, d'au mieux 1l.j-1 par guerrier...pour leur intendance et les mandubiens, que dalle et surtout, rien du tout pour les troupeaux dont César nous précise qu'on les avait fait rentré en abondance dans l'oppidum en prévision du siège, c'est ballot! ...et Jules, toujours prompt à se vanter, a oublié de nous compter les milles tourments de ces bêtes hurlantes privées d'eau...et les tonnes de cadavres que les assiégés ont sans doute jeté du haut des falaises...

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Yannick Jaouen le dimanche 06 janvier 2013
 

L'ennuie, avec Alise, c'est que les rapports des fouilles de 1991-1997 n'apportent pas la preuve que c'est Alésia: on y affirme que les fouilles précédentes l'on fait et qu'il n'y a pas à y revenir...même si au passage on y confirme qu'aucune disposition défensive d'Alise ne correspond à la très précise description de César dans le BG; on y invalide les camps de plaine, sans leur trouver de substitut pour loger 10 à 12 légions; On y dresse un tracé des lignes qui place les monnaies attribuées à l'armée de secours et découvertes au XIXème...dans les fossés intérieurs, là où l'armée de secours n'aurait jamais mis les piedsd comme les ossement des chevaux censés être représentatifs des armées en présence, lesquels ne présentent d'ailleurs aucune trace de coups, qui auraient dûs être trouvé de l'autre coté des lignes romaines; on confirme l'absence du premier fossé creusé par les romains, le plus large de tous, destiné à les protéger pendant la construction des autres lignes, 6m de larges tout de même...admettons

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Jean-Pierre BERTHET-LASTRAJOLI le mardi 05 juin 2012
 

Il n'est pas besoin "d'Indiana Jones en peau de lapin [...] ignorants des questions dont-ils prétendent parler, [ou] de mauvaise foi", il suffit de scientifiques ayant blanchi sous la toge pour obtenir ce résultat.
Je vous renvoie à bon nombre de découvertes archéologiques depuis 1798, et vous verrez combien les membres des Académies peuvent se montrer mesquins, comploteurs et affirmer contre toute raison que le ciel est vert à pois jaune.
Ils rejettent une théorie d'un air méprisant. Voyez ce qu'il en est pour les pyramides égyptiennes. Des égyptologues très savants en matière d'études des textes, ou dans l'examen des fragments retrouvés dans les couches sédimentaires, avancent des théories et méprisent les architectes. Pourtant, j'ai lu deux théories d'architectes qui ne sont pas à jeter aux orties sans la moindre étude.
On a longtemps prétendu que les Egyptiens étaient de piètres navigateurs et qu'ils se bornaient à parcourir le Nil. Pourtant des preuves archéologiques invalident les vérités admises d'hier.
Ramsès II a été vainqueur à Qadesh. Nous l'avons lu pendant des années, avant d'apprendre qu'il avait échappé de peu à la mort et qu'il s'était contenté d'un match nul, dans le meilleur des cas.
Toutankhamon assassiné ne l'aurait pas été assassiné, de même qu'il n'a pas directement succédé à Akhenaton.
Pour revenir aux pyramides, des savants, pendant plus d'un siècle et demi, ont repris les thèses d'Hérodote qui écrivit que les souverains égyptiens avaient utilisé des esclaves morts à la tâche (sans oublier que sa fille se serait prostituée pour financer les travaux : une sacrée gagneuse à faire pâlir les belles du bois de Vincennes !). Pourtant des preuves archéologiques infirment les histoires du voyageur antique qualifié à tort de père de l'Histoire.
Résultat, il y aura toujours une bonne raison d'ignorer où se trouve Alésia, alors qu'on sait très bien où se trouve Gergovie qui est une victoire gauloise. Voir l'album d'Astérix...

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