Rencontres entre l’Archéologie et Alésia

Science exacte ? Les thèmes qu’aborde cette question sont de deux ordres. Il y a d’abord un thème général : l’archéologie est-elle une science exacte ? Il y a ensuite implicitement un autre thème : l’archéologie permet-elle de vérifier la localisation du site d’Alésia. Autrement dit, la réponse à la seconde interrogation doit-elle résulter de la réponse à la première interrogation ? Éternel débat, ou presque, entre sciences expérimentales et sciences humaines !

le mercredi 03 juillet 2013
 

Science exacte, l’archéologie ? Personne n’oserait l’affirmer, pas même les archéologues. En revanche les méthodes qu’ils peuvent utiliser, les techniques auxquelles ils font appel, relèvent du domaine scientifique le plus total. Ainsi les analyses que donnent la dendrochronologie, la dendroclimatologie, la paléohydrologie, la pollinologie ou les études des minéraux et du métal ; ainsi les modélisations qui se font à partir de données démographiques ou archéométriques, l’identification des ossements, l’utilisation de la photographie aérienne et ses multiples variantes et applications, la reconstitution des dynamiques socio-environnementales qui contribuent à modeler un territoire, etc. Bref, il existe une interdisciplinarité au sein d’une équipe ou d’un laboratoire d’archéologie qui présente sous bien des aspects des éléments scientifiques. De plus, le suivi d’un chantier, qui en un certain sens est une destruction, exige des relevés précis, des rapports et mobilisent tous les nouveaux outils scientifiques qu’offrent les disciplines strictement scientifiques. S’ajoutent à cela les enseignements que donnent l’archéologie expérimentale et l’archéologie des techniques. Reste l’interprétation finale. Là naissent les obstacles à une démarche purement scientifique qui cherche à établir des lois. On peut multiplier les modèles, s’en approcher de très près, mais chaque cas demeure un cas particulier. Et si l’on arrive à cerner les objets, leur environnement, à déchiffrer parfois les rituels, l’interprétation demeure subjective, évolue en fonction des questions et des croyances du présent, de la personnalité de l’archéologue, de son expérience et de multiples facteurs plus ou moins rationnels. Se raccrocher systématiquement à des modèles risque de faire perdre la spécificité de tel ou tel objet, peinture ou site et de ramener à l’ordinaire ce qui est exceptionnel. Les oublier risque de mettre en avant un fait qui en soi n’a rien d’original. Il convient donc de croiser le plus d’informations possible, d’avancer avec prudence, d’émettre des hypothèses qui ne ferment aucune piste sans pour autant les tenir comme nécessairement pertinentes et définitives.

Qu’en est-il pour Alésia ? À Alise Sainte-Reine, au mont Auxois, la réalité qui ressort des fouilles ne peut être écartée d’une pichenette, d’un jeu de mot ou par l’existence d’un complot qui n’a jamais existé.
Ainsi l’on dispose par l’épigraphie du nom du lieu en langue celte (Alisiia) et en langue latine (Alesia). Se lisent au sol et par photographies aériennes (que confirme la technologie Lidar depuis la fin de l’année 2011) les lignes de fortifications romaines, celles des camps tandis qu’un murus gallicus a été mis au jour sur l’oppidum même. Le total des monnaies gauloises collectées et identifiables s’élève à 679, avec deux caractères : les unes représentent les différents peuples de l’armée de secours et quatre autres, les seules trouvées en dehors du territoire arverne, sont frappées aux mêmes types que les statères d’or de Vercingétorix. Quant aux monnaies romaines de la République (144), elles s’égrènent sur deux siècles, le lot le plus important étant du premier siècle avant notre ère (aucune n’est postérieure à 54). La quantité d’armes trouvées est exceptionnelle : aucun autre site antique n’en a livré autant. Mieux, deux balles de fronde portent le nom de Labiénus, le principal lieutenant de César. Ces armes se répartissent en trois types, armes gauloises, romaines et germaniques (César avait des auxiliaires germains). De même, les ossements de chevaux analysés montrent qu’il s’agit d’après leur taille au garrot de trois espèces différentes qui se retrouvaient alors en Italie, en Gaule Chevelue et en Germanie. Sans tenir compte du site qui ne relève pas de l’archéologie à proprement parler, les résultats sont impressionnants pour un épisode qui a duré deux mois.
Si la bataille entre César et Vercingétorix ne s’est pas déroulée ici (ce que dément une tradition littéraire établie depuis le IXe siècle), quel événement de première importance et dont aucune source ne parle a pu se produire en ces lieux ? Face à cela, les fantasmes des défenseurs des autres lieux n’alignent rien de tel. Malgré les fouilles qui s’y sont déroulées…

l’auteur
Jean-Louis Voisin

Agrégé d’histoire, ancien membre de l’École française de Rome, Jean-Louis Voisin a enseigné aux universités de Caen, de Bourgogne et de Paris XII.

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Elodie le lundi 24 février 2014
 

La pollinologie n'existe pas. Le terme exacte est palynologie. Il s'agit de l'étude des pollens et spores fossiles.

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Yannick Jaouen le lundi 15 juillet 2013
 

Pour les monnaies Gauloises, il semble que vous soyez un des derniers à les attribuer à l'armée de secours. M. Reddé est plutôt catégorique: "Les armes et les monnaies retrouvées au pied du Réa ne sauraient davantage appartenir à l’armée de secours : que l’on sache , celle-ci venait de l'extérieur , et ne peut s’être heurtée aux défenses de la ligne intérieure de contrevallation ( … ) " Or, 80% des monnaies proviennent du pied du Réa. De plus, aucune monnaie Armoricaine, Santonne ou Helvètes, une seule monnaie Rutène, quand ces peuples sont censés avoir fourni respectivement 20000, 12000,8000 et 12000 hommes, soit 20% de l'armée de secours...et que dire des 32 monnaies lingonnes, restés alliés de César, des 13 monnaies Massiliotes, retrouvées dans les même contextes... Voilà un indice, qui n'aidera guère votre faisceau à tenir droit.

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Yannick Jaouen le samedi 13 juillet 2013
 

Vous vous trompez sur les monnaies romaines...ou vous ne dites que la vérité qui vous arrange: mais peut-être en êtes vous simplement resté aux fouilles du XIXème...parce qu'au XXème, sur un corpus nettement moins important de 30 monnaies romaines contre 144 sous Napoléon, les fouilleurs franco-allemand en ont trouvé 19 qui vont d'Auguste à Valens(IVème s. de n.è.). Michel Reddé lui-même a des mots terribles pour expliquer un tel écart: " On doit s’étonner que la collection du MAN ne contienne pas d’impériales, et on peut se demander si elle n’a pas fait l’objet d’un tri a posteriori"! Bref, on aura, au XIXème, éliminé les monnaies romaines postérieures au siège. Votre argument tombe donc... au fond du fossé! Voici une lecture qui vous éclairera: Michel Reddé, Introduction à l’étude du matériel, in Michel Reddé et Siegmar von Schnurbein (dir.) et coll., Fouilles et recherches franco-allemandes sur les travaux militaires romains autour du mont Auxois (1991-1997), Mémoire de l'académie des inscriptions, Paris, 2001, 2, 1-9, p. 7.

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Yannick Jaouen le vendredi 12 juillet 2013
 

Merci de nous fournir les références épigraphiques antiques indiquant qu'Alisiia s'appelait en latin Alesia, au premier siècle avant notre ère.
Merci de nous communiquer les photos aériennes et images Lidar permettant d'apprécier l'ensemble des "lignes de fortifications romaines, éventuellement conformes à la description Césarienne mais surtout "celles des camps", aptes à accueillir 10 à 12 légions (doit-on rappeler que les fouilles de 1991-1997 ont invalidé les camps de plaines, imaginés au XIXème siècle).
Concernant les monnaies supposées obsidionales et donc, frappées au même type que les statères d'or, vous écrivez ici comme dans votre livre qu'elles sont en bronze, or relisez bien l'étude, elles sont en orichalque (laiton). Avez-vous mal lu les rapports de fouilles ou cela vous gène-t-il d'affirmer qu'en plein siège, les gaulois auraient tout à coup "inventé" le monnayage en orichalque (laiton), apparu seulement 20 ans plus tard à Rome, et jamais attesté pour des monnaies gauloises avant -30?
Concernant les autres monnaies arvernes, si leur émission autour de 52 a.n.è. est probable, comment expliquez-vous donc leur usure avancée, qui selon B. Fischer, traduit une utilisation pendant de nombreuses années?
Et n'avez-vous pas remarqué qu'au regard des résultats des fouilles Franco-Allemandes, presque toutes les monnaies découvertes aux XIXème, ont été mis à jours...à l'intérieur des lignes romaines, là où aucun combat de cavalerie n'a eu lieu et où l'armée de secours n'a jamais mis les pieds!
Aucun autre site n'a livré autant d'armes...mais les contextes de fouilles du XIX sont laconiques et la datation de ses armes est donc pifométrique: c'est -52 puisque c'est Alésia! Notons que les fouilles du XXèmes n'ont pas permis la même moisson, avec des moyens autrement plus importants. Aucun autre site n'a d'ailleurs bénéficié d'autant de moyens d'investigation non plus: Quelle valeur scientifique a donc cet argument purement propagandiste?

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Yannick Jaouen le vendredi 12 juillet 2013
 

Quant aux balles de Frondes, mais que n'en a-t-on une études détaillée avec force imagerie démontrant que là où tout un chacun peut déchiffrer LARI, il faut bel et bien lire LABI: c'est la meilleure preuve possible et elle est tristement invisible, en tout cas pas dans une qualité permettant à chacun de s'incliner devant la trouvaille.
L'études sur les os de chevaux porte sur 10,660 kg de fragments d'os et de dents...bien piètre échantillon. Retrouvés où? Dans un fossé de contrevallation...et oui, coté oppidum: pourriez vous me citer la source antique indiquant que des combats de cavalerie ont eu lieu de ce coté...après l'édification de la contrevallation, bien sûr? Qui plus est, César indique qu'il a donné aux Germains des montures romaines...trouvant les chevaux germains mal débourrés....comment ces derniers ont-ils donc pu se trouver mêlés aux combats ? Ensuite, je vous invite à lire le passionnant "Archéologie du cheval",Arbogast Rose-Marie, Clavel Benoît, Lepetz Sébastien, Méniel Patrice et Yvinec jean-Hervé, 2002, Paris, Errance...vous verrez que les analyses de tailles et de sexe basées sur des fragments sont à prendre avec des pincettes...il est même souvent impossible de distinguer les chevaux des mulets, sauf a disposer de squelettes entiers...Alors, sur 10kg de miettes...exemptes, du reste de toutes trace de coups ou de choc...pour des chevaux de cavalerie morts au combat...c'est bizarre non ?

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Yannick Jaouen le vendredi 12 juillet 2013
 

Alors oui, il c'est passé quelque chose autour d'Alise. En -52? rien n'est moins sur. Le siège d'Alésia décrit par César? Il y a quelques similitudes....et tant d’invraisemblances! Comme l'écrit M. Christian Goudineau ( La Guerre des Gaules et l'archéologie. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 135e année, N. 4, 1991. pp. 641-653) "Reconnaissons-le tout net : à supposer que César n'eût pas écrit ses Commentaires et que nul auteur antique ne s'en fut inspiré, la recherche archéologique aurait été incapable d'imaginer qu'il s'était déroulé, entre 58 et 50 av. J.-C, une série d'expéditions militaires sur le territoire gaulois". Dans la mesure où les romains ont été quelque peu occupés, dans les années qui suivirent par les guerres civiles, hispaniques, africaine et alexandrines...est-il impossible qu'une opération militaire locale autour d'un bourg secondaire nommé Alisiia, loin des champs de bataille où se jouait l'avenir de Rome, soit passé à la trappe de l'histoire ?

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