L’approche du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie et de l’indépendance de ce pays en 2012 faisait attendre logiquement des initiatives commémoratives dans les deux pays concernés. C’est pourquoi je n’avais pas été surpris de recevoir, plus d’un an à l’avance, une commande de la publication annuelle du Ministère de la culture intitulée « Les commémorations nationales », dont je me suis scrupuleusement acquitté en rapportant les faits qui ont marqué le douloureux passage d’une Algérie française à une Algérie indépendante, sans privilégier la date du cessez-le-feu du 19 mars, qui ne fut malheureusement pas celle de la « fin de la guerre d’Algérie ». Je n’avais aucune raison de croire que mon texte n’avait pas donné satisfaction à ceux qui me l’avaient commandé, mais six mois plus tard j’ai eu la surprise d’apprendre que mon texte avait été coupé des trois quarts et mon nom supprimé au dernier moment [1]. Pourtant, le plus pénible fut de ne pas savoir qui avait pris cette décision, ni pourquoi. Et le plus étonnant est le fait que, quatre mois plus tard, je n’ai toujours pas reçu d’explication crédible revendiquée par ses vrais responsables (je ne parle pas de l’aveu visiblement imposé et non crédible du directeur des Archives de France, Hervé Lemoine).
J’ai pourtant des hypothèses très crédibles [2], que j’ai trouvées par la lecture d’internet via Google. D’abord le fait que l’organisation de ces commémorations avaient été confiées, à la fin novembre 2011, à l’ancien ambassadeur de France en Algérie, M. Colin de Verdière, siégeant au Quai-d’Orsay sous l’autorité du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé. Mon texte n’aurait donc pas été jugé conforme à la ligne officielle ? Pourtant en même temps le secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Marc Laffineur – celui-là même qui vient de justifier l’absence de commémoration nationale le 19 mars – avait exprimé des vues qui ne m’avaient pas paru déraisonnables. Mais l’explication la plus éclairante m’est venue d’un site algérien qui rendait compte d’un accord entre les gouvernements français et algérien afin d’ajourner toute activité commémorative officielle après l’élection présidentielle française des 22 avril et 6 mai, et après les élections législatives algériennes qui auront lieu le 10 mai, de façon à ce que les activités commémoratives se fassent « dans un esprit de modération en essayant d’éviter les extrémismes de tous bords ». Cette explication me paraît la plus plausible.
Mais elle ne signifie pas que le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie se passera sans commémorations. En France, le candidat socialiste que chacun considère comme le favori du deuxième tour, François Hollande, a multiplié les promesses d’une politique mémorielle très active, et pris position dans Le Monde du 20 mars dernier pour une initiative tendant à réconcilier la France avec l’Algérie. « Aujourd’hui, écrit-il, entre une repentance jamais formulée et un oubli forcément coupable, il y a place pour un regard lucide, responsable, sur notre passé colonial » ; et sa conclusion est particulièrement nette : « La France et l’Algérie ont un travail commun à mener sur le passé pour en finir avec la « guerre des mémoires ». Pour passer à une autre étape afin d’affronter les défis communs en Méditerranée. Pour que l’avenir se construise ensemble. Nous avons tant de choses utiles et belles à faire dans une même perspective. Celle du respect, mais aussi celle du dépassement ».
Reste à savoir si ces belles et bonnes intentions trouveront leurs équivalents du côté algérien, au moment où, si l’on en croit les prévisionnistes, les élections algériennes risquent de traduire la même tendance dominante que dans les pays arabes qui ont connu des révolutions depuis un peu plus d’un an. L’expérience des vingt années précédentes, durant lesquelles l’Algérie a de plus en plus utilisé la revendication de repentance comme moyen de pression sur la France, ne semble pas justifier l’optimisme du candidat socialiste. Pour le moment, nous savons seulement qu’en Algérie, suivant le journaliste d’El Watan Fayçal Métaoui, « les festivités officielles en 2012 selon célébrées à partir du 5 juillet, date de la proclamation de l’indépendance, jusqu’au 5 juillet 2013 ».
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1. Voir mon texte initial sur mon site personnel, article du 7 janvier 2012 « 1962, fin de la guerre d’Algérie : texte censuré ! ».
2. Voir sur mon site mon texte du 23 janvier 2012 « A propos de mon texte censuré : 1962, fin de la guerre d’Algérie ».
La repentance doit être partagée. Il y a eu des exactions de l'armée française. C4est une évidence. Mais, ceux qui, au chaud, dans leurs confortables bureaux parisiens, ont vécu la Guerre d'Algérie à travers des lectures et non la réalité, ne peuvent comprendre.
Nous ne sommes pas face à une guerre ordinaire, mais face à des opérations commandos de harcèlement comme les menait la Résistance face aux Allemands. La grande différence provient du fait que ce sont les Résistants algériens qui assassinaient de façon horrible des civils et des militaires, égorgeant des enfants, les démembrant devant leur mère, coupant le sexe des militaires et leur plaçant dans la bouche.
Dans ces conditions, des réactions ont eu lieu et bien faussement saint celui qui pourrait assurer qu'il n'aurait pas été pris dans la folie vengeresse.
Nous n'avons pas à faire à une guerre ordinaire et nombre de familles qui portent des souvenirs de ces moments sanglants se sentiraient trahies une seconde fois (après l'Indépendance et le mauvais accueil fait par les Français de l'hexagone aux rapatriés).
De plus, les autorités algériennes vantent des moments glorieux, là où l'Histoire verra des massacres. Pas de repentance pour les Harkis ni pour les autres victimes du FLN commandé par des bourgeois ayant depuis transformé en rente une révolution. Il suffit de voir la situation économique d'un pays producteur de pétrole pour constater qu'il n'y a rien à commémorer, car tout reste à faire.
Dans ces conditions que la France accepte de commémorer cette fâcheuse date serait une double trahison et ne pourrait que pousser les gens dans les bras des partis extrêmes.
Si j'en parle ainsi, c'est parce que mes parents ont longtemps vécu en Algérie au moment le plus terrible. Ils m'ont donc raconté ce qui se passait. Des deux côtés.