Autisme : la guerre est déclarée, à quand l’armistice ?

L'autisme a débouché ces dernières années en France sur un affrontement sans merci entre deux tendances « psy ». Alors même qu'il toucherait un enfant sur 200 dans le monde, ce trouble reste mal connu.

le lundi 26 mars 2012
 

Tu es autiste ? alors tais-toi ! C’est ce que Gabriel Bernot refuse justement de faire. Membre de l’association « Spectre autistique, troubles envahissants du développement- International », il a été diagnostiqué à l’âge adulte et s’insurge aujourd’hui, dans Le Monde [1], contre le peu de cas que font les spécialistes ou les décideurs  de l’avis des premiers concernés. L’affrontement entre deux  tendances « psy » occupe en effet tout l’espace. Psychanalystes contre comportementalistes, pourrait-t-on résumer, même si c’est un peu caricatural.
Les premiers occupent en France le haut du pavé, notamment pour des raisons historiques. A l’hôpital de jour, où se retrouve la majorité des enfants autistes, psychiatres et psychologues formés à la psychanalyse ont été imprégnés des idées de Bruno Bettelheim, datant des années 1950, pour qui l’autisme est une psychose infantile. L’Autrichien a présenté les parents (et surtout les mères) comme largement responsables des troubles. Les seconds défendent les nouvelles méthodes éducatives et comportementales utilisées à l'étranger, là où on définit l'autisme comme un handicap dans lequel les capacités à échanger avec l'entourage sont altérées, et qu'on peut donc compenser. En particulier grâce à des jeux éducatifs où la répétition et l’octroi de récompenses sont utilisées, ce qui fait s’insurger les tenants de la psychanalyse qui y voient un dressage. Quant aux tenants de l’approche éducative et leurs soutiens du côté des neurosciences, ils dénoncent la théorie freudienne comme non-scientifique.
Après des années de conflit qui est allé en s’exacerbant, la Haute autorité de santé s’est prononcé début mars dans un rapport mi-chèvre mi-chou qui classe cependant la psychanalyse parmi les « interventions globales non consensuelles ». Cela suffira-t-il a apaiser la querelle ? Rien n’est moins sûr. Ainsi, ce sont les autistes et leurs familles qui sont, en quelque sorte, pris entre deux feux alors même que l’on connaît encore mal ce trouble qui toucherait un enfant sur 200 dans le monde (le chiffre est indiqué simplement comme ordre de grandeur, car les définitions de l’autisme varient). On sait que l’autisme entrave l’évolution normale des fonctions intellectuelles (ce qui ne signifie pas que certaines ne puissent pas se développer, et même plus que la moyenne) ; qu’il y a des facteurs génétiques, et peut-être environnementaux ; et qu’il y a globalement une hausse de la prévalence des troubles autistiques, mesurée par des études épidémiologiques. La recherche doit encore travailler pour que l’on en sache plus, et que le trouble soit mieux traité.
1. Édition du 21 mars 2012.

l’auteur
Aline Richard

Directrice de la rédaction du magazine La Recherche.

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Caffarel Michel le vendredi 30 novembre 2012
 

Bonjour,

En tant que parent essayant d'aider au mieux mon enfant qui souffre, je me moque des querelles entre théories .
Mais la réalité sur le terrain est très claire: il y a plusieurs types de prise en charge de l'autisme et en France nous sommes privés concrètement des prises en charge de type éducatives (aide aux apprentissages fondamentaux). En effet pour cela il faut payer cher dans les rares structures (privées) compétentes alors que l'autre approche est gratuite dans la plupart des institutions officielles financées par le contribuable. Le scandale est là, c'est tout. On doit pouvoir avoir le choix. Voir mon article dans Libé pour l'accès au choix des thérapies.

http://www.liberation.fr/societe/0101598542-autisme-pour-l-acces-aux-choix-des-therapies

Bon courage à tous!
Michel


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Jean-Pierre BERTHET-LASTRAJOLI le mardi 05 juin 2012
 

Il me semble que la France ne soit pas le pays qui fasse le plus cas des psychanalystes et autre psy-machin-choses. Le cas des autistes est l'un des nombreux exemples de l'inadéquation de la religion freudienne avec les temps modernes.
Toute science doit profondément évoluer. Or, toutcher à Freud apparaît à certains comme un crime de lèse-majesté, voire un blasphème.
Souvent, pourtant, nous voyons des psys relâcher des personnes qui ont commis des crimes ou des abus sexuels, que l'on nous présente comme guéris et inoffensifs, mais qui hélas récidivent.
A l'inverse, j'aimerais être certain que dans les instituts spécialisés, on ne trouve pas des personnes saines mais que le prisme de la psychalalyse présentent comme des malades.
Ceci pose tout simplement la question de savoir si 'lon peut faire confiance au verdict d'un psy et s'il est normal qu'une seule discipline ait autant de pouvoir dans notre monde juridique.
Ceci dépasse donc le cadre des autistes.
Pour ma part, je me vois mal confier des choses à un étranger sur un divan, ou même un fauteuil, tout comme je ne me confesse jamais à un prêtre (que je ne connais ni d'Adam ni d'Eve). J'ai des amis, des parents, et comme ils me connaissent mieux que cet étranger, ils savent mieux que lui me conseiller.

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Françoise le vendredi 11 mai 2012
 

Bonjour,

Merci pour cet article. La France a encore du mal à remettre en question la psychanalyse et à faire connaître les thérapies comportementales et cognitives (entres autres). Il est urgent d'y remédier et cela commence par la formation des praticiens.

L'image de l'autisme est encore très stéréotypée dans notre pays. Pour mieux comprendre, on ne peut que renvoyer aux ouvrages très éclairants de Peter Vermeulen. De mon point de vue, il s'agit de comprendre les spécificités de l'autisme, d'utiliser certaines approches adaptées pour soutenir la personne dans sa vie sociale mais non de "traiter" l'autisme (ce n'est pas une maladie).

Cordialement

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