Drieu La Rochelle ne sent plus le soufre. Ses Oeuvres seront désormais éditées dans la collection de la Pléiade. Une consécration sans contestation ?
L'enjeu de cette publication en Pléiade est plus politique que littéraire eu égard aux positions fascistes, antisémites et xénophobes de Drieu la Rochelle.
Il n’est pas choquant de voir Drieu la Rochelle publié sur le célèbre papier Bible de la Pléiade parce que les écrits antisémites de l’ancien pronazi sont aussi disponibles chez le même éditeur. Les rapports de l’écrivain avec les éditions Gallimard ne sont pas simples et méritent toute notre attention.
Dans La Lettre de la Pléiade n°47 (mars/avril 2012), les éditions Gallimard présentent l'édition sous la direction de Jean-François Louette de l'oeuvre de Drieu la Rochelle.
VOS COMMENTAIRES LES MIEUX NOTÉS
Merci, M. Assouline, pour votre article.
Que dommage que vous ne l'ayez pas publié dans votre chronique du Monde des Livres.
Pourquoi aucune mention de cette publication dans Le Monde ? Censure ? Je n'ose y croire...
Dans le fond, la question qui se pose est de savoir si on a le droit de mettre au placard un auteur, un artiste, au prétexte qu'il a fait de mauvais choix politique. Il semble qu'il faut distinguer l'oeuvre et l'homme (ou la femme).
Devons-nous, comme l'a fait l'enseignement public de la IIIème république (et de la quatrième à sa suite) mentir à des générations afin de nous prémunir d'un risque ? Souvenons-nous qu'on a présenté Louis XVIII comme un roi faible (alors qu'on magnifiait Louis XIV). Pourtant ce roi a réussi à éviter une guerre civile latente entre les Ultras et les républicains et surtout il a réussi à payer la dette de guerre permettant aux "Alliés" qui occupaient le territoire après Waterloo, afin de retrouver un pays indépendant.
Pareillement, on a longtemps menti sur Napoléon III. Aujourd'hui, ses mérites apparaissent, malgré un siècle de propagande.
Pourtant, on peut comprendre que la République de retour ait tenu à présenter la monarchie et l'Empire sous des jours peu flatteurs, afin d'éviter ce phénomène de yoyo inhérent au XIXème siècle.
Nous sommes suffisamment loin de cette époque sulfureuse et avons suffisamment d'informations sur ce qui s'est passé dans les camps de la mort pour pouvoir opérer cette dichotomie entre l'adoration de l'oeuvre d'un homme et l'abhorration de ses idées politiques.