Le gun control : un défi américain

La tuerie de Newtown (Connecticut), qui a causé la mort de 20 enfants en décembre 2012, a provoqué un profond émoi et une réelle prise de conscience aux Etats-Unis. Réglementer le port d’armes reste un des plus grands défis pour les gouvernements américains et pour la société toute entière.

le mercredi 26 juin 2013
 

Comme son prédécesseur démocrate Bill Clinton (1992-2000)1, le président Obama est décidé à agir. Dans son discours du 16 janvier 20132, le président propose d’adopter 23 décrets dont les plus importants interdiront la vente de fusils d’assaut, de chargeurs de plus 10 balles et de balles perçant les blindages et étendront l’obligation de consulter le fichier du FBI (ce qu’on appelle pudiquement le background check) aux ventes d’armes lors des foires et entre particuliers (cette obligation étant actuellement limitée aux achats d’armes dans les armureries). Notons que 40% des ventes se font en dehors des armureries et donc ne sont pas réglementées. Il existe 300 millions d’armes à feu en circulation aux Etats-Unis, soit une par habitant. Cette accessibilité des armes à feu reste étonnante pour le visiteur européen. On les trouve dans tous les Wal-marts. Imaginez un stand d’armes à feu dans le Carrefour de votre quartier…

À la suite du vice-président Joe Biden qui parle « d’obligation morale », le président Obama évoque « une épidémie de violence armée dans ce pays ». L’heure est extrêmement grave et Barack Obama a l’opportunité politique non seulement d’agir mais surtout de faire agir le Congrès. Car une des difficultés du système politique américain est que les pouvoirs du président sont singulièrement limités. Il ne peut imposer une nouvelle loi. Il ne peut agir que par le biais de décrets à la portée nécessairement plus étroite. Le courage politique de Barack Obama est louable et nécessaire. Mais au-delà du fait que les Républicains contrôlent la Chambre des Représentants et possèdent une minorité de blocage au Sénat, le problème de la prolifération des armes à feu aux Etats-Unis ne peut – très malheureusement- être réglé qu’à la marge.

À nos yeux, il existe trois obstacles majeurs – quasi-insurmontables- à toute solution radicale et définitive au problème : constitutionnel, politique, et psychologique.

Le droit de détenir une arme à feu est protégé par le Second Amendement au même titre que la liberté d’expression ou de culte…Le Second Amendement fait partie de la Déclaration des Droits. Or, c’est l’ajout de cette Déclaration qui permit l’adoption de la Constitution. L’affaire est primordiale. Les Dix Premiers Amendements sont sacrés. Certes, la Constitution prévoit l’adoption d’amendements mais aussi leur annulation (par un autre amendement) comme dans le cas du XVIIIe (celui de la Prohibition, adopté en 1920), annulé par le XXIe (adopté en 1933). Mais il est impossible, du fait de son ancienneté (1791), de son prestige et de son rôle majeur dans l’édifice constitutionnel états-unien, d’imaginer annuler un des amendements de la Déclaration des Droits.

Sans même parler de l’efficace et influent lobby des armes, la National Rifle Association, qui bloque toute législation en faveur d’une réglementation des ventes d’armes, politiquement, la situation est assez complexe car la césure sur cette question n’est pas uniquement entre Républicains et Démocrates. Le débat oppose aussi les Etats du Sud et de l’Ouest aux Etats du Nord-Est, mais aussi les zones rurales face aux centres urbains…Car les Etats ont leur propre législation en matière d’armes à feu et celles-ci varient grandement d’un bout à l’autre du pays.

Enfin, la dimension la plus difficile à cerner est psychologique, voire culturelle. Le droit de détenir une arme à feu est (pour une très grande majorité des Américains et là se situe le nœud du problème) une liberté individuelle : celle de pouvoir se défendre. L’arme à feu reflète l’image héroïque du pionnier tiré de l’imaginaire du Far West, mais elle incarne aussi le droit à l’auto-défense du paisible citoyen face aux menaces du monde extérieur. Aux Etats-Unis, cette image est profonde.

Bien sûr, il ne faut pas que les politiques restent passifs face ce véritable fléau et nous devons encourager toute initiative qui va dans le sens d’une politique plus stricte mais il est essentiel de comprendre que le problème ne peut être réglé aux Etats-Unis comme il pourrait l’être en Europe.

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1 . La loi de 1994, dite Brady Bill, du nom du secrétaire de presse de la Maison Blanche James Brady, qui fut blessé lors de la tentative d’assassinat de Ronald Reagan en 1981, a expiré en 2004.

2  Discours disponible sur le site internet de la Maison Blanche (www.thewhitehouse.gov) « Remarks by the President and the Vice President on Gun Violence » (16 janvier 2013).

l’auteur
Bertrand Van Ruymbeke

Bertrand Van Ruymbeke est professeur de civilisation américaine à l’université de Paris 8.

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