La nouvelle scène artistique chinoise en pleine mutation

A l'image des États-Unis de l'après-guerre, la Chine conquiert le monde. Mais elle n'a pas forcément les moyens de ses ambitions dans le domaine artistique.

le mercredi 09 mai 2012
 

Au delà des chiffres qui assomment pour mieux effrayer l'Occident vieillissant comme ces millions de dollars dépensés pour des artistes dont nombreux restent invisibles sur les cimaises des nos musées, la Chine est devenue une puissance incontournable sur l'échiquier international mais elle n'a pas les armes pour s'imposer sur la scène artistique. Pour cela, il lui faut construire une légitimité historique culturelle comme l'ont fait les États-Unis à partir de 1945 avec leur victoire sur les puissances du mal : le nazisme et la lutte contre le communisme en Europe et dans le Monde.
De manière diplomatique (accords Blum-Byrnes en 1946) comme plus subtile (aider des correspondants subventionnés à l'étranger à faire des expositions), les États-Unis ont répandu leur modèle culturel comme le cinéma ou les arts plastiques en Europe et ont réussi à imposer leurs artistes sur le marché. Au regard de l'histoire on remarque que l'on paie cher les oeuvres des puissances triomphantes.
Aujourd'hui, on voudrait croire que la Chine va faire basculer l'hégémonisme culturel occidental.
Je ne le pense pas. Pour deux raisons. La Chine n'a pas cette légitimité historique pour exporter "pacifiquement" les artistes. La Chine n'est pas un modèle de valeurs humanistes, elle est reste une dictature même si son élan économique fascine.
Et contrairement aux artistes américains influencés par les artistes de la "vielle Europe" (Jackson Pollock, Robert Rauschenberg par exemple) devenus des stars du marché international, les artistes chinois contemporains n'ont pas bénéficié des influences d'artistes émigrés pour nourrir leurs veines artistiques. Après les dégâts de la Révolution Culturelle, trop d'artistes se sont précipités à fabriquer un art qui faisait "contemporain" à la mode occidentale.
Après deux décennies d'un marché très spéculatif reposant sur un fantasme de l'art contemporain chinois construit sur le modèle américain, il semblerait que la nouvelle génération d'artistes comme, par exemple, Liu Wei, Xu Zen (et son collectif Made In Company), aient conscience que le marché de l'art n'est pas l'histoire de l'art. Comme d'autres de la même génération, ils ont compris que pour atteindre une reconnaissance internationale, il fallait être validé par les décideurs occidentaux en participant à des expositions dans des lieux stratégiques organisées par des décideurs influents issus du monde occidental. Le marché se construit avec ces indicateurs précis et non plus seul, le label "chinois" n'est plus une garantie. Il faut devenir un bon artiste sur la scène internationale. Ce que l'ont voit chez certains artistes en Chine aujourd'hui est très intéressant, ce sont des visites d'atelier très stimulantes intellectuellement. On s'éloigne de l'image souvent réaliste de l'artiste chinois cynique qui vendait à tous les visiteurs de passage sans se soucier de sa carrière institutionnelle. L'analyse d'une Chine artistique unie et conquérante qui agirait internationalement comme une Révolution Culturelle à l'envers n'existe pas, tout simplement parce que les artistes chinois présents aujourd'hui sur la scène internationale (musées et marché) sont autant d'individualités très soucieuses de répondre aux différents critères de reconnaissance artistiques du modèle occidental.

l’auteur
Nathalie Obadia

Nathalie Obadia a ouvert sa galerie en 1993 à Paris et à Bruxelles en 2008.

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Ffloxy le vendredi 08 juin 2012
 

il me semble que les chinois sont assez nombreux pour souffler le monde fermer et entre-soi de l'art contemporain comme de la musique, de la littérature d'ailleurs. l'art chinois ne sera jamais l'art européen car la pensée, la vision du monde n'est pas la nôtre. Cependant s'ils accrochent notre regard, alors ils emporteront notre espace.

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Pehexiawrilla le lundi 04 juin 2012
 

beaucoup appris

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