Le marché chinois séduit les collectionneurs étrangers

Les dernières ventes contredisent que la cote des artistes chinois est artificielle.

le vendredi 10 août 2012
 

Francois Curiel, président de Christie’s Asie basé à Hong Kong, indique qu’en 2011, 25 % des clients de Christie’s, mondialement et toutes catégories confondues, sont chinois, contre 16 % en 2010. Il y a, et c’est une tendance nouvelle, manifestement un intérêt des collectionneurs chinois pour d’autres catégories que leur art national, ce qui est confirmé par Christie’s et Sotheby’s dans leurs ventes internationales.
Bien sûr, ces chiffres intègrent des résultats de vente publique pour lesquelles parfois – c’est une spécialité chinoise – le lot n’a pas été payé. Mais si la pratique est suffisamment choquante pour faire parler d’elle, la proportion de lots impayés par rapport aux lots effectivement payés reste marginale. Elle est due au fait que ces ventes publiques sont récentes en Chine (15 ans d’ancienneté pour la plus vieille maison Guardian, 5 ans pour la plupart des autres, contre 150 ans en Europe) et les règles n’ont pas encore été totalement assimilées.
Cette évolution ne fait que refléter le pouvoir économique grandissant de la Chine mais aussi la croissance du nombre de ses millionnaires.
La Chine avec 7 000 ans d’histoire a une grande  tradition artistique et de collection, son sens esthétique n’est plus à prouver. C’est en 1920 au moment de la création des premières académies en Chine que la peinture a l’huile (youhua) a été adoptée et pratiquée dans ces académies en parallèle à la peinture traditionnelle à l’encre (guohua). Ce n’est donc pas du jour au lendemain que la Chine est passée de l’encre à la térébenthine. Dans les années 1990, la Chine a vécu à la suite de la politique d’ouverture de Deng Tsiaoping une révolution consumériste semblable à ce qui s’est passé aux États-Unis dans les années 1960. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les artistes chinois des années 1990 ont créé leur « Pop art » reflétant et dénonçant cette société de consommation, empruntant c’est vrai les outils du pop art mondialisé à leur disposition, mais avec un contenu très spécifiquement chinois. Rappelons qu’il n’y  a pas un seul pop art qui serait américain mais que ce mouvement est né en Angleterre, et a fleuri aussi en France et dans les pays de l’Est, puis plus récemment en Chine.

Si l’on veut juger la qualité expressive et picturale des peintres chinois autant prendre les bons exemples, par exemple Liu Wei et aussi Liu Xiaodong qui prépare prochainement des expositions chez Massimo de Carlo à Milan et chez Lisson à Londres. Le brio de ses huiles humanistes, dérivées contemporaines d’un certain réalisme socialiste est certainement un ajout important à l’histoire de la peinture comme l’exposition « Painting Real Life » au musée Hayward Gallery de Londres l’a montré.
La cote actuelle des artistes chinois est due principalement à la grande Chine (greater China) qui inclue la Chine, Hongkong, Singapour et Taiwan, et dont les collectionneurs représentent en général 85 a 90 % en valeur des achats de vente publique à HongKong. Cependant ces artistes ont aussi une aura internationale et suscitent l’intérêt de musées et notamment des musées du Moyen-Orient. Le Guggenheim d’Abou Dabi et le Mathaf du Qatar ont acquis récemment des œuvres importantes de l’art contemporain chinois pour leurs collections permanentes. Lors de la vente d’une partie de la collection de Guy Ullens [1], le collectionneur belge ayant ouvert le musée privé UCCA dans le quartier 798 de Pékin, 50% des lots ont été achetés par des étrangers. Cette vente de 105 lots a totalisé un résultat de plus de 55 millions de dollars américains soit une moyenne d’un demi million de dollars par lot. Tous les lots, sauf un, ont été payés et les résultats ne sont pas artificiels. Si le lot phare, le triptyque de Zhang Xiaogang, record actuel à 10,2 millions de dollars pour l’art contemporain chinois a été acquis par le Qatar, beaucoup d’étrangers et notamment des Français (trois des quatre Liu Wei de la vente ont été vendus à des Français) ont enchéris, et contredisent l’idée que ces cotes seraient artificielles.

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1. La vente publique de la collection Guy Ullens intitulée "The Nascence of Avant Garde China" a eu lieu le 3 avril chez Sothebys à HongKong.

l’auteur
Jean-Marc Decrop

Spécialiste de l’art contemporain chinois.

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