Même si le parti socialiste constitue aujourd’hui la force dominante de la gauche française, il n’en est pas l’élément unique. Au fil de l’histoire sont nées des formations politiques de plus ou moins grande importance, séparées les unes des autres par leurs choix idéologiques et qui, tout en se réclamant de la gauche, n’ont pas envisagé de la même manière un éventuel exercice du pouvoir, pas plus que les moyens d’y parvenir. Il est vrai que, du début du XXe siècle à 2002, l’association au pouvoir de ces forces politiques aux divergences affirmées s’est révélée difficile dès lors qu’il apparaissait que la pureté des dogmes doctrinaux risquait de se trouver remise en cause par les indispensables compromis avec le réel et la nécessité de répondre aux aspirations de la société civile.
Il est peu douteux que la décision socialiste d’exercer le pouvoir par procuration en soutenant sans participation le gouvernement radical d’Édouard Herriot tant que celui-ci déciderait des mesures convenant à la SFIO a joué un rôle fondamental dans l’échec du Cartel des gauches. Il est non moins certain que l’échec de Léon Blum en 1936 était inscrit dans l’antagonisme entre l’aile droite radicale de sa majorité et son aile gauche communiste (pour ne pas parler des attentes radicales d’une fraction du parti socialiste). Mais, dans les deux cas, ces expériences de pouvoir se situent dans le cadre d’un régime parlementaire multipartisan où la défection d’une des composantes de la majorité suffit à faire disparaître celle-ci et s’effondrer une expérience d’union des gauches associant des partenaires aux vues idéologiques opposées. En l’espèce, le passé historique est tout à fait inadéquat à rendre compte de la situation présente.
Il en va évidemment différemment des expériences de gauche de la Ve République. Le système constitutionnel de la Ve République donnant à l’exécutif une prééminence incontestée dans les institutions (et le droit essentiel de dissoudre l’Assemblée nationale), joint à l’existence de partis dominants à vocation majoritaire change totalement la donne. Sans doute, les gouvernements de gauche (comme d’ailleurs ceux de droite) sont-ils formés de composantes multiples, mais autour d’un pôle dominant. Les divers gouvernements des deux septennats de François Mitterrand ont une ossature socialiste, même si, selon les cas, des communistes, des divers gauches, des centristes, voire des gaullistes y ont siégé. La même observation peut être faite pour la « gauche plurielle » du gouvernement de Lionel Jospin, dont la dénomination couvre en fait l’adjonction de quelques alliés du PS à la détention par les membres de ce parti des ministères essentiels. Et, dans ce cas précis, la défection d’une des composantes ne remet pas en cause l’expérience elle-même. La défection communiste de 1984 n’empêche nullement Laurent Fabius de gouverner et la démission de Jean-Pierre Chevènement ne fait pas tomber le gouvernement Jospin (même si elle joue un rôle dans l’échec de celui-ci à l’élection présidentielle de 2002). C’est qu’en fait un gouvernement nommé par le président de la République ne peut être renversé que par le vote d’une motion de censure qui exigerait pour être adoptée que les éléments dissidents de la majorité soient suffisamment nombreux à se joindre à l’opposition pour mettre en minorité l’équipe au pouvoir, hypothèse assez peu vraisemblable tant en ce qui concerne le retournement supposé que l’appoint numérique apporté à l’opposition. Enfin, faut-il rappeler que, de 1988 à 1991, le gouvernement Rocard a pu fonctionner sans majorité absolue (et malgré le soutien du bout des lèvres du chef de l’État et du parti socialiste lui-même) ?
Dans ces conditions, la formation d’une nouvelle union des gauches par le président Hollande au lendemain des élections législatives de juin 2012 n’apparaît pas plus problématique que les expériences précédentes de la Ve République. Même si le parti socialiste ne dispose pas de la majorité absolue et doit compter avec des élus radicaux de gauche, chévenementistes, écologistes, membres du parti de gauche ou communistes, même si certains d’entre eux entrent au gouvernement, le parti socialiste restera le pôle dominant de la majorité et constituera l’ossature du gouvernement. Aucun de ces alliés (aux vues d’ailleurs divergentes) n’aura un nombre d’élus suffisants pour imposer ses vues et leur action pourra tout au plus infléchir à la marge certaines décisions gouvernementales. Enfin le retrait éventuel de l’un ou de l’autre ne signifierait en rien la remise en cause de la ligne gouvernementale ou la chute du ministère. Ainsi vont les choses sous la Ve République et, pas plus pour la gauche que pour la droite, la diversité des vues idéologiques des composantes d’une majorité législative ne signifie la fatalité de l’échec.
(suite)
Les schismes apparaitront comme ils sont apparus à droite (car la gauche n'a pas le monopole du peuple et les classes populaires gaullistes existent toujours et s'opposent à la vision ultralibérale et mondialiste [du moins à sens unique] ainsi qu'à la xénophobie latente du discours mariniste [qui n'aime pas s'entendre qualifier d'extrême-droite, mais pourtant...]).
Je n'ai pas confiance en Hollande car justement il représente un parti et une idéologie, comme je ne vois pas un sauveur ailleurs. Il ne pleut pas des De Gaulle à chaque décennie ou tous les 50 ans. Hélas.
Car l'heure demanderait des sacrifices et des économies faites avec justice. J'entends, de ci de là, des bonnes idées, mais aucun programme qui tienne la route. Nous continuons de parler de la France comme d'un astéroïde perdu dans l'espace, alors qu'il s'agit d'un peuple (plus que d'une nation) qui s'inserre dans l'économie mondiale.
Si nous voulons changer le monde, il faut que les lignes bougent dans les autres pays du G20. Il faut réformer la fiscalité, en particulier en ce qui concerne les paradis fiscaux (et là est le problème, car on voit mal la Grande-Bretagne qui a sacrifié son industrie au profit de la finance, se faire hara-kiri), seule façon de redonner des recettes aux états.
La gauche est condamnée à l'échec par l'action, comme tout parti au pouvoir en temps difficiles.
Ce qui condamnera éventuellement la gauche, c'est l'action et la division qui pourrait en naître. L'action implique des choix plus que des discours, or ces choix déplairont soit à l'électeur de centre gauche, soit à celui de l'extrême gauche (au rang de laquelle je classe Mélenchon), voire de l'aile gauche du PS.
Ce qui pourrait condamner le gouvernement Hollande est la désillusion, car la justice, l'équité et le parler doucereux ne sont que des gadgets lesquels n'ont qu'un temps, comme la façon dite moderne de gouverner de l'hyperprésident Sarkozy.
Passé l'été, on attendra des mesures sur l'emploi qui ne soient pas financées par les impôts des classes moyennes. Or, la mesure visant à imposer à 75% à partir de certains revenus va relancer la fuite des hauts revenus en France.
Il est un fait : un bouclier fiscal établi dans les années 80 auraient évité cette fuite et généré plus de rentrées que de sorties (via le changement de domicile fiscal que les riches peuvent opérer plus aiséments que les autres classes).
L'emploi, la sécurité, mettre au pas les multinationales-voyous qui délocalisent pour gagner quelques points de rentabilité, même quand les sites sont rentables, nous préserver de la crise financière qui se poursuivra, voilà les multiples points sur lesquels on attendra Hollande.