Lancement du débat

Comment expliquer l’éclipse des intellectuels ?

Les médias portent la responsabilité de l’anéantissement des intellectuels ; par leur puissance, ils ont réussi à confisquer le débat d’idées.

le lundi 18 février 2013
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7 contributions au débat

La société du spectacle a tué l'intellectuel traditionnel

La réflexion sur la société dans toute sa complexité est incompatible avec l'injonction sans cesse renouvelée de spectaculaire à laquelle les intellectuels sont contraints, comme tous les autres acteurs de la société.

le jeudi 21 février 2013

Dés-enchantons les intellectuels

La « médiatisation » des intellectuels n'est pas un phénomène nouveau. Elle est, même, intrinsèquement liée au personnage. Quant à savoir si leur tonus critique a baissé… Est-ce qu’on n’idéalise pas leur passé ?

le mercredi 13 mars 2013

Les intellectuels sont toujours là mais… ils parlent dans le vide

La définition de l'intellectuel est trop datée. Il est urgent de l'actualiser.

le jeudi 04 avril 2013

Des devoirs

Avec régularité, une partie de « la tribu instruite » parle des droits des intellectuels, qui se veulent « critiques du  pouvoir ». Comme si l’histoire, la société, se résumaient dans « le pouvoir ».

le lundi 15 avril 2013

Trop d’intellectuels dévalorisent l’intellectuel

S’il y a problème, il vient moins de l’absence des intellectuels que de leur récente prolifération : l’élévation générale du niveau d’éducation modifie forcément le rôle et le statut des professionnels de la pensée.

le vendredi 31 mai 2013

Qu’est-ce qu’un intellectuel chrétien ?

Peut-être faut-il commencer par détailler la question et, en conséquence, par en poser deux, qui ne manquent pas d’envergure, surtout la seconde. Premièrement : qu’est-ce qu’un intellectuel ? Deuxièmement : qu’est-ce que le christianisme ? Nous ne pourrons faire ici qu’envisager ces deux objets dans leur rapport mutuel.

le mardi 04 juin 2013
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Sartre est mort, pas les intellectuels

Décidément, on ne se fatigue jamais d’annoncer la disparition ou l’éclipse d’un phénomène culturel. Tantôt c’est le roman qui meurt, ou le théâtre, même la musique classique. Mais ce que nous entendons le plus souvent, c’est la fin des intellectuels.

le lundi 02 septembre 2013
 
 

VOS COMMENTAIRES LES MIEUX NOTÉS

William Marx le lundi 10 juin 2013
 

François Cassingena-Trévedy apporte au débat un beau texte, très inspiré — trop peut-être, justement, car on peut craindre que cette contribution ne soit pleinement compréhensible et acceptable que par des chrétiens convaincus. Prenez une phrase comme celle-ci, par exemple:

«Il [l'intellectuel chrétien] ne s’inféode à aucune officialité, il ne se conçoit comme l’organe d’aucune chapelle, d’aucun parti, mais épouse la liberté souveraine de la Parole de Dieu».

Si l'on peut admettre qu'une telle proposition fasse sens pour des lecteurs qui croient en cette Parole de Dieu, pour les autres elle risque fort de paraître éminemment contradictoire. Comment en effet un non-croyant pourrait-il trouver compatibles, d'un côté, le refus de l'inféodation à aucune chapelle et, de l'autre, l'adhésion à une quelconque Parole divine, se proclamât-elle souverainement libre? Il y a ici sur le fond une véritable antinomie, et sur la forme une insuffisance argumentative et une incapacité à prendre en compte le lecteur non chrétien ou non religieux. François Cassingena-Trévedy illustre par là malgré lui le double problème spécifique de l'intellectuel chrétien et la difficulté propre de sa mission. D'une part, à qui s'adresse-t-il vraiment, aux croyants ou aux non croyants? D'autre part, comment peut-il entrer dans un débat démocratique si la source de sa parole ne peut pas être elle-même soumise au débat?

C'est une vraie difficulté, dont beaucoup d'intellectuels chrétiens sont eux-mêmes conscients: ils l'ont montré récemment. Ainsi est-il significatif que les opposants chrétiens au mariage pour tous aient le plus souvent évité d'avoir recours de façon directe à l'autorité de la Révélation et se soient rabattus sur des arguments d'ordre anthropologique. Mais ces arguments, quant à eux, étaient susceptibles de discussion et ont été de fait discutés (de manière efficace, à mon sens, mais c'est une autre histoire).

Bref, les intellectuels chrétiens sont pris en tenaille:
— soit ils recourent à des arguments du sens commun, accessibles à la dispute, mais à ce moment-là leur conviction religieuse reste de l'ordre du for intérieur et leur intervention dans le débat n'a plus rien de chrétien en soi, tout en leur faisant encourir le reproche d'avancer masqués;
— soit ils recourent explicitement à l'autorité de la Parole divine, et dès lors leur intervention, échappant par principe à toute contestation, échappe ipso facto aux règles du débat et risque le discrédit ou, tout au moins, devient inaudible dans le cadre d'une société profondément laïque et sécularisée comme la société française.

«Il faut rendre à César (ou à la société démocratique) ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu», avertissait déjà Jésus. Et encore: «Nul ne peut servir deux maîtres à la fois.»

Voilà pour l'intellectuel chrétien le vrai dilemme — à moins bien sûr qu'il se contente de s'adresser à ses coreligionnaires, mais ce serait en rabattre beaucoup trop sur la mission universelle qui définit l'intellectuel.

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Patrick Kéchichian le jeudi 20 juin 2013
 

Cher William,
Je ne voulais pas laisser sans réponse votre développement qui met en lumière, dans le texte de frère François, moins des contradictions, que de vraies questions. Je ne prétendrai pas, ici, y répondre en totalité. Voici juste quelques notations inspirées (du moins je l'espère...) par votre propos.
Il me semble que les termes de « Parole de Dieu », avant même l'hypothèse de l'intellectuel épousant la « liberté souveraine » de celle-ci, repousse – non, la Parole de Dieu ne repousse rien, ni surtout personne – est repoussée nécessairement, combattue, sans doute moquée, pire relativisée, par quiconque n'accorde aucun crédit à ces mots. A ces deux mots mis ensemble et à l'inclusion qu'ils supposent: « parole » et « Dieu ». D'évidence, il y a un saut à accomplir, un pas à franchir, et donc une grâce à recevoir, pour entendre ces mots, et ce qu'ils appellent, de notre part, comme réponse, comme acte de présence, et aussi comme témoignage.
Cela étant, je crois que l'idée dominante – et certes contradictoire, presque insupportable pour qui n'est pas prêt à la partager – est dans l'affirmation de cette « liberté souveraine » « épousée ». Par cette adhésion – ce mariage si j'ose dire – par cette foi en une Parole qui n'est pas sienne, l'intellectuel, mais aussi le premier pékin chrétien venu, devient libre, infiniment libre, n'est « inféodé » à aucune « officialité ». C'est le paradoxe de cette liberté que veut souligner l'auteur. Paradoxe que ne peut goûter, je vous l'accorde volontiers, celui qui n'est pas disposé à adhérer à une « quelconque Parole divine » (mais vous le devinez, malgré ces mots désinvoltes, il ne s'agit pas d'une « quelconque parole » mais de LA Parole même, une, unifiée et unifiante : et je ne fais pas ici exercice de provocation, j'essaie simplement de formuler une évidence fondatrice qui récuse, dans son essence même, toute idée de relativisme.
Puisque vous en parlez, revenons au mariage gay un instant – je ne voudrais pas vous impatienter.
Il n'y a pas opposition, mais parfaite continuité et nécessaire articulation, depuis le récit de la Création qui ouvre la Bible et donne à entendre les premiers accents de la « Parole de Dieu », entre les arguments anthropologiques et les données de la Révélation. Développer les premiers, c'est illustrer, traduire, les secondes. En bonne théologie, il y a deux révélations: l'une dite naturelle où Dieu se fait connaître par sa Création (notamment, Gn, 2 18-25, pour la question qui nous occupe); l'autre dite surnaturelle où Dieu communique à l'homme sa parole, sa volonté, ses commandements. Plus tard, on voulut faire des ajouts, des correctifs, et cela entraîna quelques utiles (on put ainsi mieux connaître ce qu'il fallait combattre) hérésies. Saint Augustin (La Cité de Dieu, XIX, 14) parle de « l'âme rationnelle » de l'homme qui ne veut être « ni importuné par la douleur, ni troublé par le désir, ni corrompu par la mort », mais « parvenir à un savoir utile, et régler sur ce savoir sa vie et ses mœurs ». Il poursuit : « Pour éviter de tomber dans le fléau de l'erreur, vu l'infirmité de l'esprit humain, dans son ardeur même à connaître, [l'homme] a besoin d'un magistère divin à qui se soumettre avec certitude, et d'un secours divin à qui se soumettre librement. » C'est vrai, cela a été écrit il y a une bonne quinzaine de siècles ! Mais si la « vie et les mœurs » ont connu quelques mutations, l'enseignement révélé change-t-il ? Assurément non. En passant, notez ces deux expressions, ces deux faces du visage de l'unique divinité: le « magistère » ET le « secours ».
Et toujours, au regard de cet enseignement, cette même « liberté » (et donc « certitude », si l'on en croit Augustin) des intellectuels chrétiens et généralement de tous les enfants de Dieu.
C'est la sortie hors du christianisme, de son « magistère » et de son « secours », qui, je le crains, place l'intellectuel, entre les « tenailles » dont vous parlez. Je vais dire sans doute une énormité, mais qu’importe : c’est la « Parole divine » qui lui donne toute sa liberté de penser. Car tout ce que l’on se plaît à caricaturer, à droite comme à gauche, sous les vocables de dogmes, contraintes, obligations, intransigeances…, ne sont que les occasions et conditions de cette parfaite et plénière liberté.
C'est vrai: le « sens commun », ici, est mis à mal et la « société profondément laïque » qui est la nôtre, dont nous sommes les citoyens, avec « sa vie et ses mœurs », aura toujours le plus grand mal à entendre cette parole protestataire dont je viens de tenter de vous démontrer (j'espère...) la légitimité, au moins intrinsèque. Mais il est une autre question, aussi grave, et bien davantage, que celle-ci: un chrétien (et là, je ne parle plus du seul intellectuel) peut-il renoncer à cette contraignante et exaltante liberté de continuer à penser, y compris contre cette société ? Peut-il s'affranchir de ce qui le fonde en tant qu'homme, dont le citoyen n'est que l'une des figures ? Peut-il, dans la liberté que lui donne la « Parole de Dieu », se taire ? Dans son esprit, il ne s'agit nullement d'opposer une opinion à une autre, mais, très rigoureusement d’« épouser la liberté souveraine » de cette parole. Un mariage sacré qui ne souffre aucune dissolution.
P.K.

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