Le français n'est défendu qu'à minima !

Au globish, opposons une littérature et des savoirs français de haute tenue, rendant notre langue indispensable.

le lundi 09 juillet 2012
 

Oui il faut aller jusqu’à l’humour noir de Jonathan Swift, qui proclamait : « sortons les Irlandais de la famine en décidant que leur plat de résistance sera désormais leurs petits enfants et ils sont très prolifiques ». En l’occurrence, et  dans notre cas, sortons enfin de l’embarras où nous plonge ce patrimoine superflu de langue et de littérature française en supprimant courageusement leur enseignement dans tous nos collèges et lycées. Il faut se simplifier l’existence, et s’adapter aux nécessités économiques qui ont fait de l’anglais globish, et de lui seul, le véhicule de la communication mondiale et globale. Au grand désespoir, il faut l’avouer des amoureux de la langue, de la poésie, de la littérature et même de la science anglo-américaine. Car ce nouveau volapück réserve des surprises et surtout ne permet pas la lecture ni de Shakespeare, ni de T.S. Elliott, ni même de Jane Austen.
En effet, j’ai pu constater en Extrême-Orient, dans un colloque où l’on ne parlait qu’anglais, que les Chinois de Hong Kong ne comprenaient goutte à ce que racontaient les Japonais de Tokyo, tant leurs accents respectifs rendaient inintelligible leur anglais. Récemment, j’ai assisté à une soutenance de thèse en anglais aux Pays-Bas, et il était évident que, à part le candidat, qui parlait avec un accent d’Oxford, les membres du jury dont la diction était marquée par leurs origines dans diverses provinces hollandaises, ne se comprenaient absolument pas entre eux !
Longtemps j’ai cru comprendre que les directives du ministère des affaires étrangères et celles du ministère de la culture penchaient dans le sens d’une défense du français a minima, au titre de langue de communication, sans mémoire, et entièrement plongée dans l’actualité « culturelle » et « économique » la plus immédiate.
J’ai pu constater que plusieurs des Instituts français à l’étranger (celui de Florence entre autres) s’étaient débarrassés illégalement à une date imprécise du beau fonds de livres anciens dont les avaient doté la IIIe République, atrophiant ainsi leur mémoire au seul demi-siècle 1950-2000 ! Je me souviens d’un collègue florentin qui avait acheté pour sa bibliothèque la collection entière originale de l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot, avec la marque de l’Institut de Florence et qui me montrait son acquisition avec indignation et désespoir.
On aimerait que les chances de maintenir l’appétit du français dans les universités et dans les milieux cultivés des pays étrangers soient soutenues par une politique de hautes études et de qualité, pour ne rien dire de la longue mémoire littéraire et historique qui donne à la France son identité et son attrait les plus incontestables. Le français ne saurait être traité, sans se condamner à la disparition, en lingua franca. La place est prise. Cette politique de la qualité ne saurait à son tour être conduite à bon port, à l’étranger, si elle ne s’appuie pas, en France même, sur une logistique pédagogique de même inspiration dans notre système d’Éducation national. Le français doit être l’objet depuis l’école jusqu’au lycée d’horaires confortables, et son enseignement doit toujours être lié à la lecture de près des chefs-d’œuvre, anciens ou nouveaux, de notre littérature. Rien n’empêche qu’il soit prévu aussi, parallèlement, un enseignement de l’anglais nourri de bonne prose et de bonne poésie, plutôt que de slogans publicitaires d’articles de journaux ou de libretti rock.

l’auteur
Marc Fumaroli

Historien, essayiste et académicien français.

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platon le mardi 17 juillet 2012
 

Je me souviens d'un étudiant de quatrième année en médecine qui avait écrit "ciroze" et qui s'était plaint d'avoir été ajourné pour cela.On peut donc rater son certificat d'étude et devenir hépatologue.On peut également sortir de Normale Sup ,prétendre enseigner les Lettres et refuser de noter les fautes d'orthographe."Litterae non dant panem (circensesque)"!

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