L'épreuve anticipée de français (E.A.F) fut instituée en classe de première en 1969. Il s’agissait officiellement de moderniser une ancienne structure : jusqu’alors, le baccalauréat comportait deux parties, qu’on passait en deux ans (l'obtention de la première partie était obligatoire pour passer en terminale, et pour postuler véritablement au baccalauréat).
Officieusement, il semble que cette anticipation de l’épreuve servît les désirs politiques, qui exigent « d'amener 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat ».
Ce vœu pieux date de 1985, et il semble qu’en 30 ans on ait tout fait pour le réaliser – quitte à défigurer l’EAF. Ainsi, les consignes données par les inspecteurs effraient chaque année un peu plus les correcteurs. On a vu l’épreuve-reine, celle du « commentaire composé », mutilée dans les Instructions Officielles, pour devenir un simple « commentaire sur le texte ». Le candidat au baccalauréat n’aura plus à construire sa pensée : la donner en vrac suffira. Mieux : il a été demandé aux professeurs de ne plus sanctionner l’orthographe (ou alors en enlevant au maximum 2 points).
Encore mieux : à la fin des corrections, les professeurs sont invités à se réunir et à comparer la moyenne de leurs copies. Celui qui a une moyenne inférieure aux autres d’1,5 point est invité à reprendre son stylo rouge, et à faire preuve d’une nouvelle largesse (tant qu’il ne l’a pas fait, le groupe n’est pas dissout, et nul ne peut sortir…).
Ces trop bonnes intentions ont transformé l’épreuve anticipée de Français : peut-être ne vaut-elle désormais guère plus qu’un bac blanc. Il semble en tout cas que la prochaine étape de la démocratisation de l’épreuve soit sa mort : plus de huit Français sur dix (85 %) souhaitent désormais une part de contrôle continu dans l'examen du baccalauréat (sondage Ifop). En ce temps de réduction budgétaire, en ce temps de démocratisation forcée (et par le bas), combien de temps résistera cette épreuve qui n’en est plus une ?
Je confirme aussi les deux points pour l'orthographe et l'obligation (ou disons la très forte incitation) à remonter les notes pour les correcteurs dont la moyenne est trop nettement inférieure à celle de l'académie.
Ceci dit, c'est bien pire dans la plupart des autres matières. Avec 9 environ de moyenne, l'écrit de français reste l'une des épreuves les plus difficiles du bac. Dans presque toutes les autres épreuves, la moyenne est à 10 ou plus (beaucoup plus, parfois).
Le problème ne me semble donc pas concerner le bac de français, mais le bac tout court.
Ces observations et ces points de vue démontrant que le français (attention! à bien écrire avec un f minuscule dans la première phrase du dernier paragraphe) est de plus en plus négligé sont, hélas! constatés de plus en plus souvent en maintes occasions, à commencer, oui, par celle du baccalauréat. C'est consternant. Et l'on ne peut plus lire certains journaux sans fautes d'orthographe ou de sens, y compris dans les gros titres; on ne peut plus entendre des journalistes de radio ou de télévision commettre sempiternellement les mêmes fautes de liaison ou de termes. Ceci est la conséquence de cela. La sauvegarde du français doit être pour les Français amoureux de leur langue un combat permanent...
Loys,
Si vous admettez qu'on note l'orthographe sur deux points et que la syntaxe compte pour deux points supplémentaires, on arrive à quatre points... Les réunions d'entente auxquelles j'ai participé ont toujours attribué 4 points à l'orthographe (syntaxe comprise).
Pour le second point, vous ne le confirmez en rien : vous ajoutez votre expérience de la correction des langues anciennes. C'est très intéressant, mais ça ne prouve pas que les IA-IPR de Paris ou d'ailleurs se livrent à la rétention de liberté de leurs correcteurs en leur disant "que personne ne sorte tant que M. Machin n'a pas remonté ses notes..." (ce qui ferait rire à gorge déployée tout individu normalement constitué dans ce genre de réunion).
Je confirme les deux points de Laurent Nunez, consécutivement à la dernière réunion d'entente en date du vendredi 22 juin à Paris (plus deux points supplémentaires pour la syntaxe quand le texte devient inintelligible). Et je confirme aussi les consignes pour rehausser les moyennes en langue anciennes par exemple, où la note moyenne de 15/20 a explicitement été donnée aux correcteurs comme objectif lors la réunion d'entente du mercredi 9 mai 2012.
Et la probité intellectuelle, Cyrano, c'est de ne pas utiliser de pseudo quand on porte des accusations erronée.
Il y a plein d'erreurs dans ce court texte.
Le coup des 2 points pour l'orthographe, c'est faux.
Le coup du 1,5 point en-dessous de la moyenne, c'est faux. C'est peut-être arrivé une fois, mais la façon dont c'est raconté n'a rien à voir avec la réalité générale.
Je rappelle à M. Nunez que personne, même un IPR, n'a le droit de dire à un groupe "nul ne peut sortir avant que...". Ca s'appelle de la rétention de liberté, et c'est puni par le code pénal.
Se tromper dans ce qu'on raconte n'est pas puni par le code pénal, mais ça ne relève pas de la plus grande probité intellectuelle.